Puyvert : après les fortes érosions des crues 2019, des travaux d’urgence prévus cet été

Après trois crues majeures et la reconnaissance de catastrophe naturelle par l’Etat, les travaux d’urgence de sécurisation des habitations de Puyvert commenceront début août après la période de nidification et devront être achevés avant les prochains lâchers EDF de septembre.

 

Lors des crues de l’hiver 2019-2020, après 3 inondations et 3 évacuations successives, une partie du territoire de la commune de Puyvert (84) a lourdement été touché par d’importantes érosions mettant en danger un groupe d’habitations et les familles qui les occupent.

Reconnue catastrophe naturelle par l’Etat (Arrêté du 12 décembre 2019 portant reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle du Ministère de l’intérieur), le site de Puyvert fera donc l’objet de travaux d’urgence par le SMAVD en août 2020 pour le compte de la Communauté d’Agglomération Luberon Monts de Vaucluse et la commune de Puyvert. Cette opération a d’ores et déjà reçu le soutien financier de l’Etat et du Conseil Départemental de Vaucluse. Les travaux, dans le lit de la Durance, auront pour but de stabiliser ce recul de berge et de rétablir un chemin communal emporté lors des dernières crues. Ces interventions sont contraintes par d’importants enjeux écologiques dont la période de nidification printanière mais également par de prochains lâchers EDF prévus tout le mois de septembre et ensuite par le début de la période de crue. Il en résulte un calendrier d’action réduit à quelques semaines au mois d’août 2020.

S’agissant de travaux de pose d’enrochements lourds et de manœuvres d’engins de chantier, les accès en Durance pour la baignade et la pratique d’activités nautiques seront temporairement et pour des raisons de sécurité évidente, interdits un secteur limité au chantier au droit de la commune de Puyvert (arrêté municipal applicable du 28 juillet au 31 août 2020).

DES HABITATIONS EN DANGER IMMÉDIAT : DES TRAVAUX D’URGENCE NÉCESSAIRES

Au cours des crues de novembre et de décembre 2019, l’érosion de la berge sur le secteur des Gaffes et des Iscles a été particulièrement significatif, avec un recul d’environ 90 m par rapport au trait de berge de 2018. L’habitation la plus proche se trouve désormais à moins de 90 m de la berge, une prochaine crue peut emporter cette habitation.

Le phénomène est largement aggravé par une forme de dysfonctionnement morphologique du cours d’eau qui développe anormalement un immense méandre depuis plusieurs années.

Le SMAVD propose ainsi après expertise une réponse en 2 temps.

PREMIER TEMPS, DES TRAVAUX D’URGENCE, POUR SÉCURISER LA BERGE ET LE SECTEUR

Les travaux consisteront à la mise en œuvre d’épis en enrochements lourds, visant à limiter les risques de recul de la berge pour les prochaines crues. Le chemin communal d’accès au domaine Public Fluvial (DPF), qui avait été en partie emporté lors des dernières crues sera par ailleurs reconstruit à l’identique, à l’arrière des épis enrochés.

En parallèle, un dispositif d’alerte basé sur des repères visuels sera mis en place par le SMAVD lors du chantier pour permettre de renforcer les éléments concrets d’aide à la décision en crise dont dispose la commune pour l’évacuation préventive des riverains.

UN CALENDRIER FORTEMENT CONTRAINT

Ce type de travaux ne peut être réalisé durant les crues (automne-hiver) ni pendant la période printanière marquée par la reproduction des espèces aquatiques et terrestres. Par ailleurs, leur réalisation durant le régime estival des basses eaux permet de limiter les impacts écologiques du chantier, préserve la sécurité du personnel et réduit la durée d’intervention dans le lit.

En conformité avec l’étude d’incidence Natura 2000 réalisé par le Service environnement du SMAVD, les interventions sur la berge n’étaient initialement pas programmées avant le 15/08 afin d’éviter tout impact sur les espèces et notamment pour attendre le terme de la période de nidification d’espèces protégées emblématiques en Durance (hirondelles de rivage, guêpiers d’Europe, et petits gravelots d’Europe notamment).

Compte tenu des travaux EDF, le calendrier du SMAVD a été revu récemment et implique, pour garantir l’achèvement des travaux fin août, des premières interventions dès le début du mois. Le phasage du chantier a été adapté afin d’avancer en premier lieu les parties non susceptibles d’affecter les oiseaux puis de finaliser par les secteurs les plus contraints. Pour se faire le SMAVD s’est attaché les services de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) qui garantira le pilotage fin du déclenchement des travaux par zones et notamment l’absence constatée d’oiseaux aux nids.

Au final ces travaux sont programmés en urgence :

  • Après les crues d’hiver et de printemps 2020.
  • Après la fraie des poissons du printemps 2020.
  • Après la nidification des oiseaux s’étalant de mars à début août.
  • Avant les lâchers d’EDF pour effectuer ses travaux en septembre 2020.
  • Avant les prochaines crues de l’automne à partir d’octobre 2020.

Il est du reste à noter que sans travaux de stabilisation de berge tous les nids dans la berge laissés vides par les hirondelles et guêpiers en fin d’été auraient de toute façon été emportés et détruits par les crues à venir de l’automne 2020. Au regard de l’urgence de la situation pour la commune de Puyvert et du danger immédiat pour les riverains et de l’importante démarche de restauration éco morphologique à venir, le SMAVD a finalement mis au point un dispositif de préservation des différents enjeux tout à fait équilibré.

LES IMPACTS SUR LES ACCÈS EN DURANCE

Afin d’éviter l’établissement de nouveaux accès pour des engins lourds dans la ripisylve et en bord de rivière, l’accès au chantier se fera depuis les voies existantes en rive gauche. Cette disposition impliquera la mise en œuvre d’une traversée temporaire de la Durance pour atteindre la berge à conforter. Ces modalités confirment la nécessité de réguler les accès en Durance pour la baignade et la pratique d’activités nautiques dans le secteur (arrêté municipal applicable du 28 juillet au 31 août 2020). Malgré les difficultés liées au confinement, les habitants et principaux usagers ont été informés de ces contraintes dès le mois d’avril 2020 (courrier et réunion publique sur site organisée par la commune). Pour l’activité commerciale de location de kayak nous avons par ailleurs fait des propositions de report de sites.

Les services du SMAVD sont disponibles pour tout renseignement complémentaire, organiseront des visites à la demande et installeront une signalétique appropriée au droit des travaux.

SECOND TEMPS, DES TRAVAUX DE RESTAURATION DES DYSFONCTIONNEMENT MORPHOLOGIQUES, POUR AGIR SUR LES CAUSES

Si la Durance érode considérablement et anormalement cette berge, c’est notamment du fait d’un dysfonctionnement morphologique générant l’apparition anormale de très grands méandres sur une rivière naturellement en tresses.

La situation en 2012 puis en 2016 avec la formation du méandre, en rouge le trait de berge de 2020 et le triangle rouge pointant la première habitation.

Quelle est l’origine du problème ? Pour la construction du canal EDF un important plan d’eau a été creusé dans le lit de la rivière sur la commune de la Roque d’Anthéron. En janvier 1994, la crue de la Durance a capturé le plan d’eau pour reprendre l’intégralité de son lit. Depuis lors, l’ancien plan d’eau se remplit des galets qui proviennent de l’amont. Le volume à combler étant très important, une érosion considérable des berges et du fond de la rivière s’est ainsi déclenchée de l’aval (La Roque d’Anthéron) vers l’amont (Cadenet). L’ancien plan d’eau est désormais comblé, la Durance conserve les stigmates de l’érosion régressive passée : le fonctionnement en méandres s’amplifie faute de disponibilité des graviers trop haut perchés sur les bancs.

Le SMAVD propose une solution de restauration morphologique de la rivière : la recharge sédimentaire. Dispositif expérimental et audacieux, la recharge sédimentaire consistera à déstocker les bancs de graviers dont les matériaux sont peu mobilisés par les crues pour les réorganiser dans le lit de la rivière afin de permettre leur reprise par la Durance. Il s’en suivra un retour vers la forme caractéristique de « tresses » qui présente l’avantage d’un fonctionnement éco morphologique normal pour la Durance : une dynamique puissante mais maîtrisable et des milieux naturels riches et spécifiques.

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