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Les milieux alluviaux dynamiques de la Durance fonctionnent-ils bien ? 

Grande rivière à la fois alpine et méditerranéenne, la Durance a été et est encore fortement impactée par les activités humaines (modification du régime des crues, prélèvement de graviers, barrages de retenues …). Pour autant, les crues régulières entretiennent encore une diversité d’habitats naturels en perpétuel mouvement : iscles graveleux, sablonneux ou limoneux, mouilles, lônes… Ces habitats accueillent une faune et une flore particulièrement adaptées à cette dynamique.

Pour suivre sur le long terme l’efficacité de ses actions de restauration du tressage actif, le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Durance a souhaité mener des investigations sur des indicateurs biologiques pertinents traduisant le bon fonctionnement des milieux alluviaux dynamiques.

La Durance est connue pour accueillir des espèces emblématiques telles que l’Apron du Rhône ou la Sterne pierregarin. Pour autant, une récente bioévaluation du patrimoine naturel durancien a mis en lumière un certain nombre d’espèces à très fort enjeu de conservation et étroitement liées au tressage actif. C’est le cas d’espèces terrestres méconnues telles que la Cicindèle des rivières ou le Tridactyle panaché.

[1]Figure 1 Tridactyle panaché (V. DEUREUMAUX)

[2]Figure 2 Tridactyle panaché et Abeille domestique pour comparaison (F. BOCA)

Fort du constat précédant, les invertébrés terrestres de la bande active semblaient être de bons candidats comme bioindicateurs de la dynamique alluviale. A partir d’un jeu de données de 118 placettes de relevés entomologiques répartis sur 3 états morphologiques différents (tresses, méandres et faciès chenalisés), des analyses multivariées ont montré assez nettement que le suivi de l’évolution de la composition des cortèges entomologiques pouvait mesurer le retour d’une certaine typicité biologique de la Durance en tresse au cours du temps et ainsi démontrer l’efficacité des mesures de restauration entreprises sur le cours d’eau.

Ainsi, le protocole de suivi élaboré repose sur un inventaire standardisé des insectes dans la bande active du cours d’eau ou sa bordure (Bence, 2018).

Les espèces ciblées par le protocole appartiennent à divers groupes d’insectes et sont considérées comme bio-indicatrices des milieux pionniers liés à la dynamique alluviale. Il s’agit en majorité d’orthoptères, auxquels s’ajoutent les coléoptères cicindèles et certaines espèces parmi les hétéroptères, dermaptères, lépidoptères, et autres coléoptères que les cicindèles.

Le suivi de la composition du cortège d’espèces est l’indicateur central pour mesurer l’évolution du fonctionnement de la rivière. Le protocole est appliqué sur 45 zones de suivi (1,5 km de long) disposées sur la Durance et ses principaux affluents. Le protocole s’applique sur une zone de suivi au travers de quatre placettes de 1000 m². Ces dernières sont disposées de façon guidée sur des milieux pionniers pour représenter la diversité des milieux : plages sableuses ou limoneuses humides, surfaces sableuses sèches, étendue de gros galets, bordure d’écoulement issu d’une résurgence. Les quatre placettes peuvent être déplacées chaque nouvelle année de suivi (tous les trois ans) pour s’adapter à la modification naturelle du milieu. Sur chaque placette, trois passages sont réalisés entre mai et septembre. Couplé à un suivi hydromorphologique, ce suivi biologique permettra de mesurer l’efficacité des actions de restauration de la dynamique alluviale.

Consultez le RAPPORT | Protocole Indicateurs milieux alluviaux [3]
CEN PACA, SMAVD, AGENCE DE L’EAU, EDF